Tout se passait dans le couloir. C'est-à-dire que la moindre... Chaque fois qu'un type avait une idée, il la sortait dans le couloir, elle était mise en morceau, hachée menue dans le couloir, rediscutée, etc. Et c'était une époque où avec le phage et les bactéries, le matin, on avait une idée, à deux heures on faisait l'expérience, le lendemain matin, on avait les résultats, donc on pouvait rediscuter les idées etc. C'était extraordinaire. Ça allait... Et alors là on discutait dans le couloir à longueur de journées entre Monod, Wollman, les Américains... parce qu'il y avait beaucoup... Il y avait très peu d'étudiants français. Lwoff et Monod étaient pas connus. C'était avant que Monod soit à la Fac. Ils n'étaient pas connus du public. Et j'étais le plus jeune étudiant et j'avais déjà plus de 30 ans quoi.
[Q] Et cette ambiance venait en grande partie d'André Lwoff, de sa personnalité?
De tout le monde. Monod aussi était très près de ses types et discutant avec tout le monde. C'était vraiment une ambiance très exceptionelle. En grand partie Lwoff, oui.
[Q] Et le fait qu'il y avait tant d'Américains qui viennent, c'était lié au prestige qu'avait André Lwoff, à sa reconnaissance internationale?
Oui, c'est le fait que... Ils ont été... Lwoff et Monod sont allés en 1946 à Cold Spring Harbor. Et là, ils ont rencontré tous les types qui travaillaient un peu sur les mêmes thèmes. Et ils ont commencé à inviter des gens. Et à partir de là, il y a eu un flux ininterrompu de gens qui venaient travailler, les Américains.
[Q] Ce qui fait que vous aviez l'impression d'être dans cette communauté internationale.
Oui, tout à fait. Je vous dis ce qui était extraordinaire, c'est qu'il n'y avait pas d'étudiants français. Alors que c'étaient des laboratoires reconnus dans le monde entier. Monod est devenu prof de biochimie à la Fac. Il a remplacé, comment s'appelait-il, le vieux prof d'ici qui était à la fois pasteur et... J'ai oublié son nom, ça fait rien. Alors quand Monod est devenu prof à la faculté de chimie, il a commencé à avoir des étudiants. Et Lwoff a eu une chaire de microbiologie. Parce que jusque très tard, il n'y a pas eu de chaire de microbiologie en France. Ça c'était extraordinaire. Même à la faculté de médecine, ça a été très tardif. Et il y a une chaire de microbiologie que Lwoff a eue, je ne sais plus en quelle année, mais enfin très tard.
Everything happened in the corridor. Meaning that every single thing... every time a guy had an idea, he came out with it in the corridor, it would be taken apart, discussed once again, etc. And it was a time when with phage and bacteria, we would have an idea in the morning, at two o'clock we would do the experiment, the next morning we had the results, therefore we could discuss the results once again, etc. It was exceptional. It went... and all day long we would talk with Monod, Wollman, the Americans... because there were quite a few... there were very few French students. Lwoff and Monod weren't famous. It was before Monod started at the Faculty. People didn't know who they were. And I was the youngest student there and I was already over 30.
[Q] And this atmosphere mainly came from André Lwoff, from his personality?
From everyone. Monod was also very close to these guys and would talk to everyone. It really was a very exceptional atmosphere. Yes, mainly because of Lwoff.
[Q] And the fact that there were so many Americans that were coming, was it linked to André Lwoff's prestige, to his international recognition?
Yes, it's the fact that they were... In 1946, Lwoff and Monod went to Cold Spring Harbor. And there, they met all the guys that were more or less working on the same thing. And they started inviting people. And from that point onwards, there was a continuous flow of people that came to work, the Americans.
[Q] Which means that you felt part of that international community.
Yes, exactly. What was extraordinary, was that there weren't any French students. Even though those were worldwide recognised laboratories. Monod became a biochemistry lecturer at the faculty. He replaced, what was his name, that old lecturer from here who was both pastor and... I've forgotten his name, it doesn't matter. So when Monod became lecturer at the chemistry faculty, he started getting students. And Lwoff got a microbiology chair. Because until very late, there was no microbiology chair in France. That was unbelievable. Even at the Faculty of Medicine it happened very late. There was a microbiology chair that Lwoff got, I don't remember what year, but very late.